Souffrance au travail
Les récents suicides dans l’industrie de l’automobile ont mis en émoi la presse qui, d’ordinaire, se préoccupe peu de nos conditions de travail….
A Guyancourt chez Renault.
Cinq suicides, quatre morts, dont trois en quatre mois, par le stress, la fatigue, l’épuisement au travail, la communication de Renault indiquait de manière scandaleuse que c’était un taux de suicide « normal » sur le site : le Technocentre de Guyancourt, qui comprend 12.000 salarié-e-s, équivalant, selon la direction Renault, à une petite ville de 12.000 habitants ! Sauf que nos camarades de SUD Renault indiquaient, eux, que dans une petite ville de province on ne se suicidait pas sur son lieu de travail !
Le dernier drame en date : un technicien qui allait passer cadre s’est pendu en laissant une lettre responsabilisant l’entreprise et son PDG Carlos Ghosn. Une enquête judiciaire a été diligentée à la suite de ce dernier suicide. Les conditions de vie et de travail avaient été dénoncées depuis longtemps par nos camarades. Encore récemment, un tract de novembre 2006 de SUD Renault indiquait que le stress au travail mettait les salarié-e-s en danger : heures supplémentaires à rallonge non légales (des techniciens, des cadres, commencent leur journée à 7h30 pour la finir à 21h !), charges de travail trop lourdes, impossibilité de prendre ses congés quand on veut, peur de l’avenir, des délocalisations, pression individuelle très lourde à la performance, mise en concurrence des salarié-e-s par l’individualisation de l’évaluation et des augmentations (encore récemment un chef d’UET indiquait que les consignes de la direction étaient de réduire l’éventail des augmentations pour privilégier un petit nombre des techniciens parmi les plus « méritants »), urgence permanente dans le travail, harcèlement parfois par des collègues ou la hiérarchie….L’entreprise est responsable ! Son PDG C. Ghosn avait été présenté à sa nomination comme un « cost killer » (un réducteur, un « tueur » de coûts de production). Il avait déjà un passé chargé quant à la suppression des emplois à Vilvoorde en Belgique et la fermeture de deux usines chez Nissan au Japon. Il faut que la situation à Guyancourt amène le patron adulé par le Medef et par la presse à stopper les causes des « suicides en série » qui peuvent à nouveau se reproduire chez Renault.
Il est clair, face à de tels drames, que les causes d’un suicide sont multiples et ne sont pas le seul fait de l’entreprise ou/et de son patron. Elles touchent les plus fragiles et ceux dont la situation psychologique, familiale, affective est déjà difficile. Pour autant la souffrance au travail est une réalité que Renault doit prendre en compte. SUD et la CGT ont demandé au CHSCT une expertise des risques psychosociaux indépendante. Les syndicats d’accompagnement de la direction CGC et CFDT l’ont refusé ! Il faut : rétablir les poste de délégués CHSCT supprimés ! Il faut arrêter les réunions les plus tardives (les salarié-e-s de Guyancourt demandent la fin de ces réunions avant 20h !). Il faut rétablir les coupures pour prendre ses repas (des plateaux-repas sont apportés actuellement en réunion pour ne pas perdre de temps ). Il faut arrêter les déplacements tardifs le soir ou en week end ! Il faut cesser le blocage injuste des congés principaux ! C’est le sens de l’intervention de nos camarades le 23 février devant un rassemblement de colère qui a compté 2.000 salarié-e-s à Guyancourt.
Et ailleurs…
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans d’autres lieux de production, à Charleville Mezières, en fonderie, chez Peugeot-Citroën, le 3 février, un ouvrier a mis fin à ses jours en invoquant dans une lettre d’adieu la difficulté de ses conditions de travail. Pour ce qui nous concerne dans l’industrie à Solidaires, et de manière moins dramatique, heureusement, nos camarades passent une grande partie de leur temps à lutter contre le harcèlement, les brimades, l’intensification toujours plus grande des rythmes de travail. Chez Peugeot, chez Renault, sur les lignes, les opérateurs, les ouvriers ont vu leurs pauses (y compris pour les repas) supprimées et rachetées ou reportées en fin de poste. C’était le cas à Charleville, c’est aussi le cas à Citroën Aulnay. Dans cette même usine, une de nos camarades, sur les chaînes, après une rechute d’accident de travail, s’ est retrouvée en ligne sur un poste dur au montage des bacs batteries malgré les protestations syndicales. Nos camarades de Sud Métaux 33, chez SPS/Safran, dénonçaient encore en janvier, au CHSCT : l’anxiété pathologique, les dépressions, la non reconnaissance des salarié-e-s dans cette usine de construction de moteurs de fusées. Les exemples fournis par nos camarades pourraient être allongés sans fin. La suppression de toute pause entraîne l’intensification du travail déshumanisante. On ne vient plus que pour bosser, il n’existe plus de communication humaine et sociale (ce qui diminue aussi la parole syndicale !)….
Plus globalement la souffrance au travail due à l’intensification touche plus largement l’ensemble de la classe ouvrière, du monde salarié. Les centres d’appels téléphoniques sont dans les nouveaux modes de travail un des endroits ou la pression imbécile hiérarchique est la plus forte.
Cette souffrance s’exprime, en France, et ailleurs, par de nouveaux mots dans la langue : au Japon a été formé le terme « Karôshi » qui signifie la mort par épuisement au travail ! Plus près de nous, dans la fonction hospitalière, les infirmières subissent le « burn-out » qui a le sens de l’épuisement par les conditions faites aux personnels. La durée dans le métier d’infirmière ne dépasse pas aujourd’hui 10 ans, tellement les conditions de ces personnels sont difficiles : faute de moyens humains, de reconnaissance sociale, les infirmières, les aides soignantes doivent quitter la profession avant terme.
Travailler n’est pas seulement vendre sa force de travail au meilleur (ou moins mauvais) salaire, c’est aussi une relation sociale qui engage tout l’être humain. Les ouvriers, techniciens, infirmières, postiers, téléphonistes, hôtesses de caisses en supermarchés, ont besoin de reconnaissance dans leur travail. La « modernité » capitaliste, en période de crise et d’intensification des conditions de travail, ne permet plus cette reconnaissance, cette fierté (parfois) de ce qu’on réalise. La concurrence est la loi implacable des patrons et des actionnaires qui tendent à l’imposer aux salarié-e-s entre eux, à travers l’évaluation des performances, la compétition, le « mérite » cher au gouvernement et à une partie des candidats à la Présidence de la République.
Il n’existe aucune fatalité humaine ou sociale. Face au désespoir, à la dureté de la vie au travail, souvent face à sa souffrance, nous maintenons que la réponse est dans l’action collective et syndicale pour faire céder les patrons, obtenir des emplois supplémentaires, des salaires plus élevés, des conditions de sécurité, d’hygiène grandissante, au lieu de la régression actuelle sur ces questions entraînant les drames récents. Nos camarades des SUD de chez Renault, Peugeot, Thomson, SPS/Safran …. sont au cœur de ces batailles dans des conditions difficiles.
La lutte continue….
SOLIDAIRES INDUSTRIE
Solidaires Industrie
Articles de cet auteur
Forum
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SOUFFRANCE AU TRAVAIL7 janvier 2008, par philippe
La santé, la place de l’individu au sein des organisations du travail sont au centre des préoccupations d’un nombre croissant de salariés. Le CHSCT est un outil pour les salariés comme pour le syndicat, c’est pourquoi nous avons regroupé sur un site Internet les différents champs d’actions et de compétences. L’intervention syndicale est indispensable pour regagner le respect, la dignité, l’égalité, la reconnaissance de la personne au travail. Notre réflexion porte également sur l’élaboration de stratégies d’actions face aux violences du travail et au harcèlement moral, entamée avec les chercheurs dans le cadre de l’ISERES (ancien Institut Syndical d’Études Recherches Économiques et Sociales de la CGT). Elle se poursuit, depuis, sous d’autres formes, notamment dans le cadre des travaux de l’activité « Travail » de la Confédération et de la mise en œuvre du Projet confédéral « Pour une politique de Santé publique par l’intervention des salariés sur leur travail ! » adopté le 17 mars 2005 par la Direction Confédérale.
http://www.comprendre-agir.org -
SOUFFRANCE AU TRAVAIL7 mars 2007
Bonjour,
Je réalise une thèse de doctorat en sociologie du travail à l’université d’Evry sur l’impact des nouvelles formes de management sur les conditions de travail et plus spécifiquement sur la souffrance au travail.
Dans ce cadre, je recherche des salariés de Renault Guyancourt, du secteur de la grande distribution ou du groupe Safran qui seraient disponibles pour un entretien (anonyme) d’une heure environ sur leur expérience, leur vécu et leur ressenti au travail.Mes coordonnées :
Lucie Goussard
06 88 06 91 40
luciegoussard yahoo.fr
Merci par avance pour l’intérêt que vous porterez à ma recherche.Bien cordialement
Lucie Goussard
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SOUFFRANCE AU TRAVAIL15 mars 2007, par Katherine Brelière
Je me permets de vous inciter à aller recueillir les points de vue des médecins du travail... intéressant, ils confirmer la détérioration des relations au travail et les voies sans issu du système managérial actuel.
Merci de faire un travail sur ce sujet qui prend de l’ampleur au nom du grand capital. Un seul remède, une seule solution mais tabou pour l’instant : que les managers soient formés en "relations humaines" et que la valeur humanité, coopération, valorisation de tous et de chacun soit établie.
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SOUFFRANCE AU TRAVAIL3 décembre 2007, par Sylvain DELARUE
Bonjour,
je mène de mon côté une recherche doctorale en Sciences de gestion sur le sujet suivant : " La co-production de la souffrance au travail : la bien-veillance des collègues et de l’encadrement direct est-elle un facteur de protection pertinent ?"
Il pourrait être fructeux de constituer un réseau informel entre nous...
Sylvain DELARUE 06 83 24 56 44...
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SOUFFRANCE AU TRAVAIL28 avril 2007
Bonjour.
Je conduis un projet identique au votre mais dans le champ des sciences de l’éducation. Sociologue de formation, je pratique l’histoire de vie afin que les femmes et les hommes puissent porter témoignage de leur expérience. Ces histoires de vie, ne servent pas seulement à recueillir des données mais sont le support d’un travail réflexif conduit conjointement entre mes interlocuteurs et moi.Refusant de me situer comme "expert", nous construisons conjointement nos analyses. Si vous souhaitez échanger sur nos pratiques différenciés vous pouvez me contacter :Didier Coste : 06 30 20 89
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