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Souffrance au travail

vendredi 2 mars 2007, par Solidaires industrie

Les récents suicides dans l’industrie de l’automobile ont mis en émoi la presse qui, d’ordinaire, se préoccupe peu de nos conditions de travail….

A Guyancourt chez Renault.

Cinq suicides, quatre morts, dont trois en quatre mois, par le stress, la fatigue, l’épuisement au travail, la communication de Renault indiquait de manière scandaleuse que c’était un taux de suicide « normal » sur le site : le Technocentre de Guyancourt, qui comprend 12.000 salarié-e-s, équivalant, selon la direction Renault, à une petite ville de 12.000 habitants ! Sauf que nos camarades de SUD Renault indiquaient, eux, que dans une petite ville de province on ne se suicidait pas sur son lieu de travail !

Le dernier drame en date : un technicien qui allait passer cadre s’est pendu en laissant une lettre responsabilisant l’entreprise et son PDG Carlos Ghosn. Une enquête judiciaire a été diligentée à la suite de ce dernier suicide. Les conditions de vie et de travail avaient été dénoncées depuis longtemps par nos camarades. Encore récemment, un tract de novembre 2006 de SUD Renault indiquait que le stress au travail mettait les salarié-e-s en danger : heures supplémentaires à rallonge non légales (des techniciens, des cadres, commencent leur journée à 7h30 pour la finir à 21h !), charges de travail trop lourdes, impossibilité de prendre ses congés quand on veut, peur de l’avenir, des délocalisations, pression individuelle très lourde à la performance, mise en concurrence des salarié-e-s par l’individualisation de l’évaluation et des augmentations (encore récemment un chef d’UET indiquait que les consignes de la direction étaient de réduire l’éventail des augmentations pour privilégier un petit nombre des techniciens parmi les plus « méritants »), urgence permanente dans le travail, harcèlement parfois par des collègues ou la hiérarchie….L’entreprise est responsable ! Son PDG C. Ghosn avait été présenté à sa nomination comme un « cost killer » (un réducteur, un « tueur » de coûts de production). Il avait déjà un passé chargé quant à la suppression des emplois à Vilvoorde en Belgique et la fermeture de deux usines chez Nissan au Japon. Il faut que la situation à Guyancourt amène le patron adulé par le Medef et par la presse à stopper les causes des « suicides en série » qui peuvent à nouveau se reproduire chez Renault.

Il est clair, face à de tels drames, que les causes d’un suicide sont multiples et ne sont pas le seul fait de l’entreprise ou/et de son patron. Elles touchent les plus fragiles et ceux dont la situation psychologique, familiale, affective est déjà difficile. Pour autant la souffrance au travail est une réalité que Renault doit prendre en compte. SUD et la CGT ont demandé au CHSCT une expertise des risques psychosociaux indépendante. Les syndicats d’accompagnement de la direction CGC et CFDT l’ont refusé ! Il faut : rétablir les poste de délégués CHSCT supprimés ! Il faut arrêter les réunions les plus tardives (les salarié-e-s de Guyancourt demandent la fin de ces réunions avant 20h !). Il faut rétablir les coupures pour prendre ses repas (des plateaux-repas sont apportés actuellement en réunion pour ne pas perdre de temps ). Il faut arrêter les déplacements tardifs le soir ou en week end ! Il faut cesser le blocage injuste des congés principaux ! C’est le sens de l’intervention de nos camarades le 23 février devant un rassemblement de colère qui a compté 2.000 salarié-e-s à Guyancourt.

Et ailleurs…

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans d’autres lieux de production, à Charleville Mezières, en fonderie, chez Peugeot-Citroën, le 3 février, un ouvrier a mis fin à ses jours en invoquant dans une lettre d’adieu la difficulté de ses conditions de travail. Pour ce qui nous concerne dans l’industrie à Solidaires, et de manière moins dramatique, heureusement, nos camarades passent une grande partie de leur temps à lutter contre le harcèlement, les brimades, l’intensification toujours plus grande des rythmes de travail. Chez Peugeot, chez Renault, sur les lignes, les opérateurs, les ouvriers ont vu leurs pauses (y compris pour les repas) supprimées et rachetées ou reportées en fin de poste. C’était le cas à Charleville, c’est aussi le cas à Citroën Aulnay. Dans cette même usine, une de nos camarades, sur les chaînes, après une rechute d’accident de travail, s’ est retrouvée en ligne sur un poste dur au montage des bacs batteries malgré les protestations syndicales. Nos camarades de Sud Métaux 33, chez SPS/Safran, dénonçaient encore en janvier, au CHSCT : l’anxiété pathologique, les dépressions, la non reconnaissance des salarié-e-s dans cette usine de construction de moteurs de fusées. Les exemples fournis par nos camarades pourraient être allongés sans fin. La suppression de toute pause entraîne l’intensification du travail déshumanisante. On ne vient plus que pour bosser, il n’existe plus de communication humaine et sociale (ce qui diminue aussi la parole syndicale !)….

Plus globalement la souffrance au travail due à l’intensification touche plus largement l’ensemble de la classe ouvrière, du monde salarié. Les centres d’appels téléphoniques sont dans les nouveaux modes de travail un des endroits ou la pression imbécile hiérarchique est la plus forte.

Cette souffrance s’exprime, en France, et ailleurs, par de nouveaux mots dans la langue : au Japon a été formé le terme « Karôshi » qui signifie la mort par épuisement au travail ! Plus près de nous, dans la fonction hospitalière, les infirmières subissent le « burn-out » qui a le sens de l’épuisement par les conditions faites aux personnels. La durée dans le métier d’infirmière ne dépasse pas aujourd’hui 10 ans, tellement les conditions de ces personnels sont difficiles : faute de moyens humains, de reconnaissance sociale, les infirmières, les aides soignantes doivent quitter la profession avant terme.

Travailler n’est pas seulement vendre sa force de travail au meilleur (ou moins mauvais) salaire, c’est aussi une relation sociale qui engage tout l’être humain. Les ouvriers, techniciens, infirmières, postiers, téléphonistes, hôtesses de caisses en supermarchés, ont besoin de reconnaissance dans leur travail. La « modernité » capitaliste, en période de crise et d’intensification des conditions de travail, ne permet plus cette reconnaissance, cette fierté (parfois) de ce qu’on réalise. La concurrence est la loi implacable des patrons et des actionnaires qui tendent à l’imposer aux salarié-e-s entre eux, à travers l’évaluation des performances, la compétition, le « mérite » cher au gouvernement et à une partie des candidats à la Présidence de la République.

Il n’existe aucune fatalité humaine ou sociale. Face au désespoir, à la dureté de la vie au travail, souvent face à sa souffrance, nous maintenons que la réponse est dans l’action collective et syndicale pour faire céder les patrons, obtenir des emplois supplémentaires, des salaires plus élevés, des conditions de sécurité, d’hygiène grandissante, au lieu de la régression actuelle sur ces questions entraînant les drames récents. Nos camarades des SUD de chez Renault, Peugeot, Thomson, SPS/Safran …. sont au cœur de ces batailles dans des conditions difficiles.

La lutte continue….

SOLIDAIRES INDUSTRIE

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