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Puisque personne ne travaille à notre place, que personne ne décide à notre place !

samedi 18 janvier 2014, par Solidaires industrie

Les fermetures d’entreprises et les suppressions d’emplois poussent des centaines de milliers de personnes au chômage, qui culmine déjà à plus de 5 millions en France. Dans les petites, moyennes ou grandes entreprises, chez les sous-traitants ou les donneurs d’ordre, tous les salarié-es sont touchés-es, dans l’industrie principalement mais aussi la chimie, le commerce, les transports... Dans les entreprises, les accords dits « de compétitivité » rythment les remises en cause des conditions de travail et des droits des travailleurs et travailleuses ; la responsabilité des confédérations syndicales qui pactisent ouvertement avec le MEDEF est engagée, mais aussi celle d’organisations qui ne signent pas les accords nationaux mais incitent à le faire localement. Autre chose est la décision que prennent parfois des équipes locales, le dos au mur et faute d’un rapport de forces favorable.

Des luttes existent, les syndicats doivent les renforcer et les coordonner

Des travailleurs et travailleuses résistent, défendent leurs revendications et construisent par leurs luttes la société de demain. Il ne faut pas compter sur les médias aux mains des capitalistes pour nous en parler, sauf s’il s’agit d’inventer des « prises d’otages » à la moindre grève dans un service public ou lorsqu’une négociation dure un peu plus longtemps que les patrons l’avaient décidé ! Ne devrions-nous pas prendre les moyens de mieux faire connaître ces luttes locales ou sectorielles qui nourrissent et préparent des actions plus fortes ?

Dans chaque secteur professionnel, par delà nos choix d’affiliation syndicale, nous pourrions mettre en commun nos informations, nos moyens militants, pour que les salarié-es en lutte bénéficient de tout le soutien nécessaire, que leurs exemples soient connus de tous et toutes ; et pour que l’outil des travailleurs et des travailleuses qu’est le syndicat soit mis à leur service, notamment en imposant une coordination nationale des actions, sous la responsabilité des assemblées générales de grévistes.

La démocratie et l’unité, pour les luttes et dans les luttes

La pratique des assemblées générales n’est pas systématique, elle prend des formes diverses selon la taille des entreprises, les lieux de travail, etc. Mais pour l’Union syndicale Solidaires, il est primordial que les grévistes décident de leur grève ! De même, la recherche de l’unité doit être systématique. Mais elle doit se faire pour renforcer nos capacités d’action, pas pour donner des gages à celles et ceux qui nous exploitent...

Faut-il compter sur le gouvernement et les patrons pour rompre avec le système qui nous exploite ?

Une plate-forme revendicative n’a d’intérêt que si nous prenons les moyens de voir satisfaites ses revendications. Pourtant, depuis décembre, l’Union syndicale Solidaires a été exclue de l’intersyndicale nationale pour avoir refusé de signer une déclaration qui laisse croire qu’il sera possible d’imposer nos revendications sans agir collectivement, sans peser sur le rapport de forces C’est la conception de la CFDT, la CFTC ou l’UNSA, mais pourquoi CGT et FSU ont accepté qu’il ne soit rien mentionné en terme de construction d’actions, de manifestations ou de grèves, au minimum de soutien aux nombreuses équipes locales en lutte ? « CFDT, CFTC, CGT, FSU, UNSA demandent aux responsables économiques et politiques, au patronat et au gouvernement, de prendre la mesure des mécontentements qui taraudent la société et d’y apporter des réponses ». Pour l’Union syndicale Solidaires, la solution ne viendra pas de celles et ceux qui organisent les injustices sociales actuelles !

Notre découragement renforce les patrons et aussi l’extrême-droite

Trop de collectifs syndicaux se démoralisent face aux défaites sociales. Certes, nous avons subi des échecs sur des dossiers importants ; mais il faut sans cesse avoir à l’esprit qu’avancées et reculs sont inhérents à la lutte des classes au sein du système capitaliste. Surtout, nous devons tirer les bilans de nos luttes, identifier nos faiblesses et agir pour les effacer. Le patronat et les institutions à son service (État, gouvernements, Banque mondiale ou européenne, Fonds Monétaire international, etc.) ne nous font aucun cadeau et il est illusoire de compter sur leur « bonne volonté » pour améliorer le sort de la classe ouvrière. Nos intérêts sont opposés. Organisons-nous en conséquence, renforçons les syndicats qui assument un affrontement central avec le pouvoir et le patronat ! Ne pas le faire, c’est aussi laisser un boulevard à la propagande fasciste ; prospérant sur la misère et les inégalités sociales, l’extrême-droite veut récupérer la colère sociale pour la canaliser vers des solutions nationalistes, racistes, et profondément inégalitaires et anti-ouvrières même si une partie du Front National le dissimule aujourd’hui. Au contraire : de nos révoltes, construisons l’avenir !

L’entreprise, ce n’est pas le patron. L’entreprise, c’est là où nous travaillons

Abusivement, on nous parle des intérêts de « l’entreprise » lorsqu’il s’agit seulement de ceux des actionnaires et des patrons. L’entreprise est le lieu où ces derniers ne font rien et où nous travaillons (ou avons travaillé) et produisons la richesse collective. Reprenons l’offensive aussi sur ce terrain, soyons sans complexe face à la minorité qui profite de nous.

Le meilleur débouché politique pour les luttes, c’est qu’elles soient victorieuses !

Privatisation, nationalisation, socialisation, autogestion,... le droit de propriété doit être remis en question. Le syndicalisme ne peut pas faire l’économie d’approfondir ces questions car elles sont au cœur de tout projet de transformation sociale radicale. Les réponses et les stratégies alternatives à construire doivent prendre la mesure de l’évolution du capitalisme et des conditions concrètes dans lesquelles se mènent la lutte des classes. Créer les conditions de nouveaux rapports de force idéologiques et sociaux implique de se battre sur des orientations syndicales inversant la logique même du système d’exploitation capitaliste et faisant le lien avec la situation et les revendications quotidiennes : répartition des richesses, socialisation des moyens de production, transition écologique, inégalités femmes/hommes, processus de décision sur les choix économiques et sociaux...

Nous l’avions rappelé en 2012 : au lendemain des élections, l’existence de classes sociales aux intérêts opposés n’est pas abolie. Prise en charge des revendications immédiates, construction d’alternatives et rupture avec la société actuelle sont complémentaires. C’est ainsi que le syndicalisme redeviendra une force porteuse d’un projet de société !

Puisque personne ne travaille à notre place, que personne ne décide à notre place !

Les licenciements répondent à une logique économique, celle du capitalisme, celle du patronat et des actionnaires qui veulent s’en mettre toujours plein les poches. La lutte contre les licenciements ne doit pas s’engager uniquement contre leur aspect boursier. La revendication d’un droit de veto des CE contre les licenciements économiques repose sur le constat de l’inefficacité des gouvernements à protéger les salarié- es. Ce droit nouveau n’est pas l’unique solution mais serait un élément non négligeable pour construire et développer le rapport de force. Nous appelons les équipes syndicales à se mobiliser pour obtenir un droit de veto des CE, ainsi que la généralisation des CE pour les entreprises de moins de 50 salarié-es.

Julien Gonthier
(Secrétaire national de l’Union Solidaires Industrie)

Christian Mahieux
(Secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires).

12 janvier 2014

Ce texte a été rédigé pour l’hebdomadaire « L’anticapitaliste » dans lequel il a été publié dans une version légèrement réduite.

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