Accueil du site > Communiqués > Premier mai 2010...

Premier mai 2010...

vendredi 30 avril 2010, par Solidaires industrie

Voilà maintenant 121 ans que le premier appel à manifester pour le 1er mai a été lancé en 1889 à l’ensemble des travailleurs du monde. Plus d’un siècle plus tard les mobilisations ouvrières à cette occasion, en France, sont souvent « inégales » ou faibles.
Reste-t-il des raisons de manifester au premier mai ?
A minima deux raisons principales répondent dans un sens affirmatif à cette question.

Tout d’abord les causes de protestations n’ont pas disparu ! Le capitalisme s’est modernisé mondialisé, le monde de 2010 est très éloigné de celui de la fin du dix neuvième siècle. Pour autant la misère, l’exploitation perdure sous des formes modernes, la crise économique, la spéculation effrénée et les conséquences sociales subies en retour (en Grèce, en France, et ailleurs) nous rappellent l’injustice et l’inhumanité de ce système. L’attaque systématique contre les acquis sociaux obtenus durement entre 1945 et 1975 est devenue l’objectif déclaré du Medef et est appliquée consciencieusement par les différents gouvernements Européens et Français depuis 1980. Les derniers reculs sociaux en date sont la diminution inquiétante du nombre d’ouvriers en France, la généralisation du chômage et du chômage partiel et dernière agression gouvernementale (mais pas l’ultime...) : la question des retraites.
En second lieu la solidarité internationale reste une nécessité dans une société de plus en plus mondialisée. Les espoirs sont différents des périodes antérieures. Beaucoup d’échecs historiques pèsent sur la conscience d’un monde qui voyait l’unité internationale ouvrière sur un seul modèle. La conscience de classe a largement reculée en France depuis la fin des années 1970. Dans le même temps le nombre d’ouvriers a cru dans le monde dans des proportions que ne connaissaient pas les initiateurs de l’appel de 1889. Les « ateliers du monde » que sont devenus la Chine et l’Inde, la prolétarisation de la paysannerie au niveau mondial est devenue un phénomène qui touche désormais plusieurs milliards d’hommes et de femmes quand il n’en concernait que quelques millions à la fin du dix neuvième siècle. Les paysans qui émigraient depuis la Creuse ou la Bretagne pour se faire embaucher dans le Nord, en Alsace ou à Paris ont été remplacés par les travailleurs sans papiers, sans droits, qui migrent depuis les provinces chinoises pour construire les villes modernes comme Shangaï ou Pékin. D’autres sans papiers fuient la misère en Afrique et sont accueillis en Europe par des fusillades de la police (Ceuta et Melilla en 2005) et de manière plus contemporaine par les expulsions par charters, depuis la France vers le Mali ou l’Afghanistan par les flics de Hortefeux et Besson.

Continuité.

Chacun sait (où peut savoir avec les encyclopédies en ligne ou les nombreux tracts, articles, ou ouvrages, sur la question) que l’origine de la journée du premier mai remonte à celui du premier mai 1886 aux États Unis, à Chicago. La revendication était alors la journée de 8 heures, une manifestation de 340.000 travailleurs est organisée sur ce thème, des affrontements violents ont lieu faisant une douzaine de victimes. Un meeting s’en suit et, à la suite d’une provocation policière, huit anarchistes sont arrêtés et malgré les protestations et mobilisations internationales cinq d’entre eux seront condamnés et pendus.
Trois ans plus tard, en juillet 1889, le congrès de la Deuxième Internationale Socialiste réuni à Paris décide de consacrer chaque année la date du 1er mai comme journée de lutte à travers le monde. L’objectif est la réduction de la journée de travail à 8 h quotidiennes. Le 1er mai 1890 est ainsi célébré dans la plupart des pays avec des participations diverses. En 1919 la Troisième Internationale relance un appel à manifester dans tous les pays.
Le 1er mai 1891 à Fourmies, dans le Nord de la France, la police tire sur les ouvriers et fait neuf morts. Dans l’histoire du 1er mai des dates sont retenues (1890, 1891, 1906, 1919, 1936) comme des années importantes en France, mais la mobilisation à cette date n’a jamais cessé.

Transformations.

La date traditionnelle du premier mai comme journée de célébration de la fête des travailleurs ou de la fête du travail, date proche du printemps et du renouvellement de la nature, a été soumise à de nombreuses récupérations. Par les nazis en Allemagne , par Franco en Espagne, par Vichy qui en a fait la fête du Travail en France le jour de la saint Philippe ! Et même par le Vatican, Pie XII ayant transformé ce jour en fête de « saint Joseph artisan ». La dernière récupération, mais pas la moins odieuse est celle du Front National qui depuis 1988 associe la fête de Jeanne d’Arc à la date du 1er mai et défile avec ses slogans antisociaux, chauvins et racistes.
La symbolique a changé. Avant la seconde guerre mondiale les travailleurs arboraient une églantine rouge à la boutonnière. A partir de Vichy, le muguet du mois de mai l’a remplacé. Après 1946, la tradition du muguet a perduré jusqu’à nos jours. D’autant plus que sa vente est désormais ouverte aux particuliers qui ne sont soumis à aucune taxe à cette occasion. Ce qui permet entre autres à des travailleurs pauvres d’avoir une fois par an, un revenu supplémentaire.

Au niveau international le combat pour la limitation à 8h de travail quotidien n’a rien de simplement historique. En Asie, en Amérique latine les heures de travail sont égales ou dépassent celles des ouvriers Européens et Américains du Nord du dix neuvième siècle. En 2008 à Shenzhen sur la côte chinoise des ouvrières d’une usine textile travaillaient entre 64 heures et 89 heures par semaine en fonction des commandes des donneurs d’ordre (souvent Européens ou Nord Américains). En France nous n’en sommes pas là mais le combat pour les 8 h par jour a été transformé en maintien des 35 h contre les attaques du patronat et du gouvernement. Rappelons qu’en France, en un siècle le temps de travail a été divisé par deux et la productivité de ce même travail par ... 28. La diminution du temps de travail ne s’est pas faite sans lutte et l’antienne de Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » est au cœur des perspectives de notre combat contre l’allongement de la durée de travail.
Les mesures antisociales prises par l’Union Européenne et le FMI pour faire payer la crise aux salarié-es grecs a de quoi inquiéter les travailleurs français. La presse annonçait le 30 avril : « Le gouvernement grec aurait accepté de geler les salaires des fonctionnaires pendant trois ans, de supprimer les primes de treizième et quatorzième mois et d’augmenter l’âge moyen de retraite de 53 à 67 ans ! » (le Figaro 30/04/2010).
Les internationales ouvrières n’existent plus depuis 1943 et les organes qui les ont remplacé récemment ne brillent pas par leur combativité ni leur internationalisme. La nouvelle Confédération Syndicale Internationale (CSI) réalisait un communiqué le 30 avril contre la spéculation financière en avançant son mot d’ordre pour « un travail décent » au niveau mondial. On aurait pu espérer plus radical et mobilisateur !
La Confédération Européenne des Syndicats (CES) le 28 avril, également dans un communiqué, déclarait que « la précarité ne peut pas être l’avenir de l’Europe », elle donnait des conseils au patronat pour aller vers « un New Deal, politique volontariste pour encourager une économie plus durable et un système solidaire de justice sociale » tout ceci sans aucune perspective de mobilisation.

Nécessité.

Les manifestations du 1er mai 2010 verront, au moins à Paris, de nombreux cortèges de travailleurs immigrés (Turcs, Kurdes, Africains). Traditionnellement les cortèges de soutien à la Palestine contre l’occupation sioniste sont importants à cette occasion. Un cortège important de travailleurs sans papiers soutenus par la CGT et l’Union syndicale Solidaires défilera sur ses mots d’ordre de régularisation. L’internationalisme qui se décline aujourd’hui sous la forme de « Solidarité Internationale » est toujours une composante importante du 1er mai. Les défilés ouvriers des grandes usines ont été remplacés par des défilés des associations diverses pour leur propres revendications. Féministes depuis 1970, homosexuels depuis 1975 (FHAR), plus récemment associations contre l’homophobie et la lesbophobie et contre toutes les discriminations. D’autres associations pacifistes, anti impérialistes ou sympathisants et membres d’Attac ou des altermondialistes sont présents depuis maintenant de nombreuses années. Ils ont tous notre soutien.
La seconde raison de sortir dans la rue à cette date porte bien sûr pour Solidaires Industrie sur les questions de l’emploi des salaires et des retraites. Deux millions d’ouvriers ont été liquidés en France depuis 1980, la crise récente en a fait disparaître à nouveau 289.000 en un peu plus d’un an. On ne peut accepter de continuer la désindustrialisation des territoires.
Sur la question des salaires, beaucoup de salaires ouvriers sont au niveau du SMIC ou peu au delà et la pauvreté touche des pans entiers de la classe ouvrière. Les dernières Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) n’ont proposé que des miettes et des camarades de Solidaires Industrie dans les usines (Industeel Arcelor Mittal au Creusot ou Smurfit Cescao (cartonnage) à Nantes) ont obtenu des améliorations substantielles uniquement par la grève.
La manifestation prochaine du 1er mai, dans le cortège Solidaires, manifestera sa solidarité avec les sans papiers, avec les salarié-es du privé en lutte, avec les salarié-es du « public » car leurs combats nous concernent.
Surtout cette manifestation doit être une première contre la casse programmée des retraites. Il n’est pas tolérable pour Solidaires Industrie de laisser travailler sur les chaînes des ouvriers de 60 ans et plus. Nous exigeons à nouveau la retraite au minimum à 55 ou 57 ans pour les métiers pénibles, le rétablissement de la CASA (Cessation Progressive d’Activité Salariée) qui existait dans l’automobile. Une augmentation de la durée de cotisation et un report de l’âge du départ à la retraite ne peuvent en aucun cas se justifier . La question des retraites renvoie à la place du travail dans la société. Il s’agit de savoir si une infime minorité va continuer a accaparer la richesse produite. Après le 23 mars dernier, le 1er mai doit être une étape importante vers la mobilisation des salarié-es.

Rejoignez les cortèges syndicaux, associatifs et politiques de la manifestation du 1er mai.

Travailleurs de tous les pays unissez vous !

Solidaires Industrie

Référents régionaux Le mouvement ouvrier et le syndicalisme
SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0