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Mai 68 dans les usines 40 ans après…

vendredi 2 mai 2008, par Solidaires industrie

Après les commémorations du dixième anniversaire de mai 68, puis du 20e, 30e, le 40e est d’actualité….

Les mêmes qui avaient la parole en 68, l’ont toujours dans les médias et se répandent sur les ondes, journaux et télévisions ; 80 ouvrages sont sortis rien qu’à cette occasion sur le sujet….

Rappelons, s’il en était besoin que mai 68 ne s’est pas limité à la rive gauche de la Seine à Paris et que ce n’était pas seulement un mouvement étudiant.

Si les revendications de société et culturelles ont été très importantes, ont débloqué une société patriarcale et autoritaire, elles ne doivent pas masquer une grève générale de 7 millions de salarié-e-s qui a duré un mois, la plus importante qui ait jamais eu lieu en France.

Dans les usines, si la violence policière a été contenue, relativement à Paris, contre les étudiants, elle s’est exprimée de manière criminelle contre les ouvriers et leurs soutiens à Flins et à Sochaux (1 étudiant noyé à Flins et 2 ouvriers tués à Sochaux en juin) en particulier. Elle a été forte dans plusieurs usines au départ de la grève (Saviem à Caen) et à la reprise du travail en juin.

Il faut rappeler aussi que la périodisation d’une « révolte » qui aurait eu lieu seulement en mai et juin est un peu courte. Les premières grèves de la période sont celles de la grande grève des mineurs en 1963, elles vont être ascendantes pendant au moins les 5 années qui suivent. Les années qui suivirent 68 ont vu également une conflictualité très forte jusqu’au moins 1975 mais plus probablement jusqu’à la grande grève des sidérurgistes en 1979. Cette conflictualité des années post 68 est une période exceptionnelle de la combativité ouvrière dans l’histoire des grèves en France.

Cette grève nationale, si elle a été vive dans les usines, en région parisienne, chez Renault, à Billancourt et à Flins par exemple, a été conflictuelle sur l’ensemble du territoire. Des luttes dures ont eu lieu dans l’Ouest (Bretagne, Basse Normandie), dans le Nord, dans la Région Rhones Alpes….

Enfin, cette grève n’a pas été, comme le rappelle un ouvrage récent , seulement le fait des ouvriers masculins, qualifiés et… blancs ! comme le rapporte la mémoire syndicale CGT par exemple. Les travailleurs immigrés ont été présents dans beaucoup des luttes de 68 (Pennaroya, Girosteel, Flins…).

Les ouvrières ont été aussi très actives dans ces luttes (PIL à Cerisay, Moulinex, Philips dans l’Orne, SPLI à Fougères….puis LIP un peu plus tard).

Les ouvrier-e-s de cette époque étaient souvent jeunes, issus récemment, de milieux ruraux , ouvrier-e-s spécialisé-e-s (les « opérateurs » de l’époque). Ils sont souvent en décalage avec les confédérations syndicales CGT et CFDT qui soumettent les luttes ouvrières à la conquête du pouvoir par la gauche, comme la seule alternative possible.

Les résultats de la grève, négociés à Grenelle (refusés chez Renault à Billancourt) s’ils ont été décevants pour la plupart, ont cependant vu la légalisation de la section syndicale, la suppression des abattements géographiques de salaires, des augmentations de rémunérations de 10% et le SMIC augmenté de 30% (ce qui était beaucoup pour les bas salaires de l’époque).

Aujourd’hui, beaucoup de ces ouvriers sont pour la plupart retraités, ils ont quitté l’usine, remplacés par des plus jeunes. Ces derniers sont soumis à une précarité des statuts qui n’existait pas en 68. Ils se retrouvent avec une force amoindrie (entre 1954 et 1975 le nombre d’ouvrier-e-s passe de 6.400.000 à 8.200.000 soit une augmentation de 1,8 million d’emplois). C’est le point le plus haut atteint par le nombre d’ouvrier-e-s en France. Depuis, avec les délocalisations et licenciements, la classe ouvrière a perdu autour de 2 millions d’emplois en 30 ans mais reste représenter 25% de la population active en France. Sous la pression du chômage, les régressions sociales sont imposées à tous les salarié-e-s. Employés, techniciens et cadres de l’industrie qui n’avaient pas de culture de la lutte, sont touchés également.

L’espoir est largement moindre qu’il y a 40 ans, et le chantage à la délocalisation (Bosch, Dunlop, Hewlett Packard, Peugeot récemment …) pèse sur la combativité ouvrière.

Pour autant les syndicalistes aujourd’hui à SUD, actifs à l’intérieur de la CFDT et de la CGT il y a 40 ans n’ont pas baissé les bras, ils ont essaimé, ils ont été rejoints par de nouveaux adhérents qui ne se reconnaissent pas dans la position des confédérations de moins en moins combatives. Ils continuent à se battre comme nos camarades de Sud Auto à Aulnay ou de la Snecma/Safran (pour les grèves les plus récentes). C’est le rôle de Solidaires Industrie de les soutenir.

Les conditions sont plus dures, le chômage a augmenté (il était, contrairement à une idée reçue déjà présent pour les ouvrier-e-s à partir de 1967). L’image ouvrière dans la société a changé et ces ouvriers n’ont plus la sympathie qu’ils recueillaient de nombreux intellectuels à l’époque. Mais la lutte contre les licenciements, l’unité des précaires et des ouvrier-e-s à statuts, des français et des immigrés, reste une priorité pour nous. Les combats pour le maintien des droits, ont remplacé la lutte pour leur conquête.

Ce n’est qu’un début, la lutte continue !

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