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Les ouvriers de Ford Russie se mettent en grève

mercredi 14 février 2007

Le 2 février à 1h30 du matin s’est achevée la conférence (sur trois postes) des salariés de l’usine Ford de la région de Saint-Pétersbourg. A l’issue du vote, la décision est tombée- ce sera la grève à partir du 14 février.

Il s’agit d’un évènement tout à fait exceptionnel dans la Russie contemporaine. Tout d’abord parce que le nouveau Code du travail rend la grève pratiquement illégale (il faut que la décision soit prise par le collectif des salariés et non par le syndicat, que 50% des salariés participent à cette conférence et que 50% des salariés présents votent en faveur de la grève). Ensuite parce que la grève éclate dans une entreprise transnationale faisant d’importants profits et porte moins sur le salaire que sur les conditions de travail. Grève d’un nouvel âge pour le mouvement syndical russe. A l’usine Ford, 1300 personnes ont participé aux trois réunions d’après-poste (dans la rue, à - 15 degrés, la direction de l’entreprise refusant de mettre à cette fin un local à disposition), soit 70% du total des salariés.

Résultat du vote : cinq abstentions et unanimité pour démarrer la grève, qui se déroulera donc en toute conformité avec les exigences draconiennes du droit du travail russe. Les principales revendications sont, d’une part la régulation des normes de travail et, d’autre part, l’appui des propositions du syndicat lors des négociations sur l’accord collectif d’entreprise, toutes rejetées par la direction. Il s’agit notamment de la transparence sur les normes de travail, du respect des mesures de sécurité, de la mise en place de garanties sociales, de la limitation des externalisations de travaux (outsourcing).

Cet acte fort est à mettre au compte du nouveau syndicat fondé il y a moins de deux ans, avec à sa tête de jeunes ouvriers très dynamiques qui se sont attelés tout ce temps à solidariser le collectif et à transformer radicalement le rapport des ouvriers à l’action syndicale. Comme le dit Alexeï Etmanov, le président du nouveau syndicat, « avec mes copains du comité syndical, nous leur avons appris à s’approprier le syndicat comme une arme de lutte, à dire ’nous’ quand ils parlent du syndicat ». A l’étroit dans la Fédération syndicale traditionnelle, la Fédération des syndicats indépendants de Russie (FNPR), hostile à toute forme de lutte, le syndicat de l’usine Ford a quitté très vite la FNPR, pour créer un syndicat libre et de lutte. Avec d’autres nouveaux syndicats émergents dans la branche (notamment celui de General Motors à Toliatti), ils ont même formé, en juillet dernier lors du Forum social de Russie, un nouveau syndicat des travailleurs de l’automobile.

La position de la direction, pourtant étrangère et habituée aux négociations, étonne par sa dureté. Malgré des négociations qui ont duré trois mois, aucun des points proposés par le syndicat n’a été intégré dans le projet d’accord d’entreprise, qui se borne à reproduire le Code du travail russe. Selon Alexeï Etmanov, la direction a tout simplement pris goût aux méthodes de management classiques en Russie. « Ils croient que, comme dans la plupart des entreprises du pays, ils peuvent imposer leur loi aux ouvriers et ne pensent pas que nous sommes capables de défendre nos droits », déclare-t-il à ce sujet. « Mais, pour le coup, ils se trompent complètement », rajoute-t-il.

Pour donner une idée des conditions de travail dans cette usine, pourtant hautement rentable et à technologie de pointe, voici quelques éléments. Salaire mensuel moyen de 19000 roubles (540 euros), postes sans attestation (les ouvriers passant de l’un à l’autre), refus systématique de respecter les congés déposées, flexibilité maximale, accumulation d’heures supplémentaires, nombreuses tâches dangereuses et néfastes pour la santé.

A rajouter, bien sûr, une disproportion énorme entre les salaires ouvriers et ceux de la direction...

Rappelons que ce n’est pas la première action collective menée par les salariés de l’usine. L’été 2005, après une grève du zèle de plusieurs semaines, ils avaient déjà obligé la direction a augmenté les salaires de 14,2%.

Ebranlée par la fermeté des ouvriers, la direction de l’usine Ford a déclaré à la presse, le 9 février, à 5 jours de la grève, qu’elle concédait à une augmentation de salaire de 14 à 20%, selon les catégories. « Ils veulent nous calmer en nous donnant l’aumône », c’est ainsi qu’a commenté ce geste Alexeï Etmanov. Le leader syndical a assuré que la grève aurait lieu de toute façon, n’ayant pas pour objet principal le salaire mais les conditions de travail dans leur ensemble. La décision finale sera prise par le collectif des travailleurs, appelé par le syndicat à se prononcer le 13 février, la veille de la grève annoncée.

Carine Clément, Institut de l’Action Collective, Moscou (www.ikd.ru)
Pour les messages de protestation ou de soutien :
Directeur général de l’usine « Ford Motor Company », Theo Streit, Fax : (+7812) 346-7112, mail : srecept1 ford.ru
Président du syndicat, Alexeï Etmanov : etman yandex.ru

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