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Le syndicalisme contre le fascisme

vendredi 5 juin 2015, par Solidaires industrie

Dossier les cahiers d’alter n°84

http://www.lescahiersdalter.fr/Le-s...

Deux ans après l’assassinat de Clément Méric, et tandis que le FN est parti à la conquête du pouvoir, nous reproduisons partiellement un texte de la commission antifasciste de Solidaires paru dans le numéro1 de la revue Les Utopiques, cahier de réflexions de notre Union.

En France, l’extrême droite représente un spectre très large allant des groupuscules fascistes jusqu’aux réseaux antisémites Dieudonné et Soral, en passant par la nébuleuse religieuse réactionnaire ou bien les conspirationnistes. Son expression politique la plus connue est le Front National. Les extrêmes droites ont prospéré par l’intermédiaire d’un discours en direction de celles et ceux qui subissent les politiques libérales. Les réponses de l’extrême droite aux chômeurs, aux précaires, aux plus pauvres, aux exclus varient à la marge mais reposent sur ses valeurs : nationalisme, racisme, autoritarisme, sexisme. De plus, le FN est interclassiste : il prétend défendre les salariés et le patronat. Mais il a choisi son camp : son programme prévoit « une grande réforme des syndicats »

Dédiabolisation ?

Si le Front national a nettement opté pour une « stratégie de gouvernement » et essaie d’avancer masqué derrière une façade supposée plus respectable, plus sociale et plus crédible, nous sommes face à un changement de stratégie plus qu’à un réel renouvellement idéologique. Le Front National reste un parti d’extrême droite, nationaliste et raciste. Son discours pseudo-social, développé par touches successives depuis 1996, rompt avec les diatribes ultralibérales des années 80 pour élargir son électorat traditionnel aux classes populaires. Mais s’il dénonce les excès de la « mondialisation capitaliste », c’est pour mieux défendre le capitalisme des petits patrons « bien de chez nous » dans un cadre national où il n’y aurait plus de classes sociales et d’intérêts divergents (pourtant inhérents au système capitaliste !), mais un socle commun, une identité nationale. L’idée est ainsi d’élargir son électorat traditionnel pour toucher un électorat populaire. Pour cela, il n’hésite pas à emprunter et pervertir des notions progressistes et des valeurs syndicales (nationalisations, services publics, etc..) en les adaptant à une vision nationaliste et raciste. Mais quand les caméras s’éloignent, les vieux réflexes prennent le dessus, et c’est à nouveau la charge contre les syndicats, les « assisté-es », et surtout les immigré-es : même rebaptisée, pour moins effrayer, « priorité nationale », la « préférence nationale » reste la base du programme frontiste, avec une logique de ségrégation sociale et raciale. Les scandales liés aux propos racistes et homophobes de plus d’une centaine de candidats FN aux élections de mars 2015 rappellent à ceux qui en douteraient que le FN reste un parti d’extrême droite, malgré ses tentatives de « dédiabolisation » et de banalisation. Cette stratégie de « dédiabolisation » du Front National est portée par une nouvelle génération de quadragénaires qui ne se contente plus d’une posture protestataire mais qui vise le pouvoir, adaptant son discours selon les circonstances et le public visé, l’important étant pour eux d’attirer de nouveaux électeurs et électrices. Ce rêve d’accéder au pouvoir est rendu plausible à moyen terme par la porosité grandissante entre la droite et l’extrême droite, à l’œuvre depuis plusieurs années dans la plupart des pays d’Europe, mais qui s’est accélérée ces dernières années en France.

Un contexte de porosité idéologique, où les violences augmentent

Des convergences politiques entre les droites ont pu reprendre, comme lors des mobilisations massives contre le droit au mariage pour tous, commencées en 2012. Des convergences moins larges ont existé entre mouvances, de plusieurs obédiences, clairement classées à l’extrême droite, lors du « Jour de colère », où on a pu entendre dans les rues de Paris des cortèges qui ne regroupaient pas que des groupuscules néo-nazis crier « juifs hors de France ». Agressions contre les lesbiennes, bi-es, gays et les personnes trans, contre les immigré-e-s et les personnes issu-e-s de l’immigration, les musulman-e-s, actes antisémites, violences envers des militant-e-s antifascistes et des organisations progressistes, se sont multipliées, dans toute la France comme à travers toute l’Europe, alors que l’extrême droite était banalisée. Le 5 juin 2013, Clément Méric, militant syndical et antifasciste, était assassiné par des militants néonazis à Paris. Odieux et inacceptable en lui-même, ce meurtre a dépassé le drame individuel. Mais les manifestations qui ont suivi cet assassinat n’ont pas été massives, et les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier (syndicats, partis) n’ont pas réussi, pour celles qui l’avaient essayé, à mobiliser largement leurs militant-e-s. Cet assassinat s’inscrit dans la tradition des violences d’extrême droite, rappelons si nécessaire qu’il y a 20 ans Ibrahim Ali, âgé de 17 ans, était tué par des colleurs d’affiches du FN à Marseille et que Brahim Bouarram, âgé de 30 ans, était mort noyé suite à l’agression de skinheads venus de la manifestation du FN le 1er mai 1995. Les attentats contre Charlie Hebdo et l’hyper casher de Vincennes ne semblent pas avoir profité au Front National et les médias « dominants » ont plutôt tenté de ne pas faire d’amalgames. Cela n’occulte pas les attentats contre des lieux de culte ou des commerces musulmans qui ont eu lieu. Entre un antisémitisme meurtrier et des violences « islamophobes », il importe de combattre ces différentes formes de racisme et de relier l’ensemble à la lutte antifasciste.

Solidaires contre le fascisme

Que doit porter notre union syndicale afin de combattre une extrême-droite protéiforme ? À notre sens, cela ne peut être qu’en pratiquant un antifascisme radical (dans le sens premier qui est de s’attaquer aux causes d’un mal, plutôt qu’à ses symptômes), pragmatique (ce qui implique une continuité entre les fins et les moyens) et enfin un antifascisme de masse c’est-à-dire qui soit le fait de l’ensemble de la population et en premier lieu du monde du travail. Depuis l’assassinat en juin 2013 de notre jeune camarade Clément Méric, les violences d’extrême droite racistes, sexistes, homophobes et contre les antifascistes n’ont pas cessé. L’exemple de la ville de Lyon est sans doute le plus parlant. Des groupes d’extrême droite considèrent la rue comme leur terrain de chasse et agressent celles et ceux qui leurs déplaisent. À leur tableau de chasse : des jeunes sortant d’un concert antifasciste, des personnes suspectées d’être étrangères ou encore des syndicalistes attablés en terrasse. Mais les réseaux antifascistes se sont réactivés et l’implication des militant-e-s Solidaires, dans ce combat, est importante.

L’association VISA (Vigilances et Initiatives Syndicales Antifascistes) regroupe des militant-e-s syndicaux-ales et des syndicats adhérents de Solidaires, CGT, CFDT, FSU et depuis peu de la CNT, de la CNT-SO et du Syndicat de la Magistrature. Depuis 1996, cette association fait un travail régulier de vigilance, d’informations, multiplie des interventions/débats lors de réunions syndicales et propose des formations suivies depuis 2012 par des centaines de syndicalistes. Elle a également édité plusieurs brochures tirées largement, notamment pour décrypter le programme du FN. Des militant-es de Solidaires sont particulièrement investi-e-s dans cet outil, mandaté-e-s par leur structure syndicale.

La coordination nationale contre l’extrême droite, (CONEX). Le 16 février 2013, à l’initiative de VISA et après plusieurs mois de discussions, une quinzaine d’associations et de collectifs antifascistes locaux ou régionaux se sont constitués en coordination nationale contre l’extrême droite (CONEX), avec une déclaration commune : « Face à l’extrême droite et son idéologie, la contre-offensive unitaire est une urgence ! » Cet appel insiste donc sur la nécessité de créer un large front antifasciste dans une dynamique unitaire, comme ce fut le cas dans les années 1990, notamment avec la création des collectifs Ras l’Front et des mobilisations antifascistes. Déjà, le fait de rassembler au sein d’une même coordination des groupes de sensibilités différentes est un premier pas encourageant et depuis, d’autres groupes ont rejoint la CONEX. Pour l’instant la CONEX n’a eu que peu d’activité (diffusion de tracts dans les manifestations en 2013, affiches) en dehors de l’appel à manifester à Lyon lors du congrès du Front National. Les débats qui ont suivi la manifestation contre la tenue du congrès du FN à Lyon en novembre 2014 ont été vifs au sein de cette coordination, et des questions se posent sur son avenir et sa structuration avec un éventuel élargissement aux signataires de l’appel « Unir et agir face à l’extrême droite ». De nombreux collectifs locaux et/ou affinitaires, aux périmètres très divers, existent sur l’ensemble du territoire. Au-delà, deux cadres nationaux se sont mis en place. Le réseau « Clément », constitué dans les jours qui ont suivi l’assassinat de notre camarade, fait le lien entre les 80 organisations (collectifs antifascistes, syndicats, associations, organisations politiques) qui avaient appelé aux manifestations des 22 et 23 juin 2013. Devenu rapidement informel, ce réseau sert surtout d’outil d’échange d’informations sur l’actualité de l’extrême-droite, les argumentaires et les ripostes antifascistes principalement à travers une lettre rédigée par Solidaires toutes les deux ou trois semaines. Il permet néanmoins d’informer et de faire échanger ensemble des structures aux histoires et aux modes d’interventions différents.

La campagne unitaire contre l’extrême droite, ses idées et ses pratiques, qui regroupe la CGT, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse (Unef, FIDL et UNL) a été lancée le 29 janvier à Paris, par une journée de débats qui a regroupé plus de 600 militant-e-s syndicaux-ales de ces trois organisations, et s’est conclue par un meeting unitaire. Cette campagne se traduit depuis au plan local et régional, notamment par des formations et des initiatives publiques. Elle doit se traduire aussi dans les entreprises et les administrations, notamment par la diffusion des tracts communs dont le contenu est axé sur le fait que les idées d’extrême droite sont contraires aux intérêts des salarié-e-s... Cette unité est encore à gagner dans certains départements et certaines entreprises sur ce thème ; mais elle se maintient au niveau national même si cette campagne a des limites et que des désaccords ponctuels (comme sur la nécessité de descendre aussi dans la rue face au FN et à l’extrême droite) persistent entre nous. Ce cadre est important et montre que face au danger d’extrême droite, l’unité des organisations syndicales est une nécessité, que la lutte contre l’extrême droite, c’est aussi le rôle des syndicats.


Démasquer l’imposture sociale de l’extrême droite

Dans le cadre de la campagne commune « Ensemble uni-e-s contre l’extrême droite, ses idées et ses pratiques » initiée en janvier 2014, les syndicats CGT, Solidaires et FSU ont organisé une nouvelle initiative, le mercredi 6 mai 2015, dans l’Hérault. Ce jour-là, ces organisations syndicales ont réuni à Béziers - ville dirigée par une équipe municipale d’extrême droite avec Robert Ménard comme maire - plus d’une centaine de syndicalistes venu-es de la région, mais aussi de plusieurs villes gérées par le Front National et par la Ligue du sud.

A partir de témoignages sur ce que vivent différent-e-s acteurs et actrices de l’éducation nationale, du secteur culturel, des associations et des services municipaux et communaux (450.000 habitant-e-s et près de 6.500 agents territoriaux vivent et travaillent dans des mairies gérées par l’extrême droite), des ateliers ont été l’occasion de montrer la réalité de l’imposture sociale de l’extrême droite, en 2015, en France. Toute la journée a ainsi été l’occasion de mettre en lumière et de débattre des pratiques de l’extrême droite en tant qu’employeur et acteur de la vie économique locale. Clientélisme et recrutement d’amis politiques, pressions sur les agents municipaux, baisse ou suppression des subventions des CCAS ou des associations jugées critiques, fin de la gratuité de la cantine scolaire au Pontet ou des transports scolaires à Cogolin, développement de la sous-traitance à Bollène, augmentation des tarifs de transports municipaux pour les habitants des quartiers excentrés de Cogolin : l’extrême droite aux commandes montre qu’elle ne combat pas l’austérité mais, au contraire, applique une politique contraire aux intérêts des classes populaires et des salarié-es.

L’objectif de cette nouvelle étape de la campagne syndicale unitaire contre l’extrême droite était d’éclairer sur les conséquences néfastes de la mise en œuvre de ses propositions et conceptions politiques, dans l’objectif de mieux les combattre… notamment par l’activité syndicale au quotidien. Face à ceux qui se prétendent les « amis des travailleurs et des laissés pour compte » et se font passer pour des « anti-système » alors qu’ils n’ont comme obsession que de se faire leur place au sein de celui-ci, les organisations syndicales ont une responsabilité importante. Et elles ont, par le nombre de leurs militant-e-s, leur présence au quotidien aux côtés des salarié-es et leur capacité à créer des solidarités concrètes, des outils pour faire reculer l’extrême droite et ses thèses !

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