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Intervention de Solidaires Industrie au 4e congrès de Solidaires

samedi 7 juin 2008, par Solidaires industrie

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Intervention de Solidaires Industrie au 4e congrès de Solidaires (3 juin 2008, à Saint-Jean-de-Monts)

Création et but

Solidaires Industrie est une structure créée le 15 mai 2006 qui est la continuation de la Coordination métallurgie, Solidaires Industrie est une Union Syndicale. La création de cette Union Syndicale nous paraissait nécessaire car à la base il y avait une volonté communément partagée de dépasser le cadre autonome imposé par la réalité de notre syndicalisme aujourd’hui. Il était donc dommageable pour nous, que notre horizon se limite à notre seule entreprise.

Solidaires Industrie vise à fédérer et à unir, sans dériver dans les pratiques centralistes d’une part, et dans le corporatisme d’entreprise d’autre part. Les syndicats membres de Solidaires Industrie gardent leur autonomie de décision et la recherche du consensus est la base du fonctionnement de l’Union syndicale.

Le but de Solidaires Industrie est l’élaboration de positions. Ainsi nous élaborons à un rythme trimestriel un « quatre pages » qui est diffusé dans les entreprises où nous sommes implantés.

Le but de Solidaires Industrie était aussi de favoriser la création de syndicats en focalisant sur notre sigle le rassemblement de militants nouveaux ou en rupture avec les organisations syndicales traditionnelles. Depuis notre création, d’autres syndicats ont rejoint les syndicats fondateurs. Ainsi SUD PSA Aulnay, SUD PSA Poissy, SUD Renault Maubeuge, SUD Renault Douai, SUD Fagor Brandt, SUD NCR, SUD Fenwick, SUD Alstom, SUD Magnetto, SUD Auto Sevelnord en rejoignant SUD Industrie Ille-et-Vilaine, SUD Industrie Basse-Normandie, SUD Métaux 33, SUD Renault Grande Couronne, SUD Renault Guyancourt, forment désormais Solidaires Industrie.

Le développement de Solidaires Industrie

Solidaires Industrie est passé d’une centaine de cotisants en 2005 à 480 adhérents/cotisants en 2006 à 800 adhérents aujourd’hui. Notre progression est réelle même si elle reste modeste et insuffisante. Notre développement butte sur deux écueils : la représentativité et la disponibilité militante.

Dans le privé, le problème de la représentativité se pose systématiquement. Souvent nous arrivons à le dépasser quand, à la base, l’équipe syndicale persévère dans sa démarche militante. Il faut ici rappeler la discrimination à notre égard. Où l’on voit qu’une loi – bientôt modifiée – issue de la libération et dont la vocation était d’empêcher la création de syndicats « jaunes » a été une arme de guerre efficace contre notre syndicalisme. À l’inverse, cette même loi n’a jamais empêché la création de « bandes » parfois armées qui usaient de l’intimidation voire de l’agression physique pour faire taire les revendications des travailleurs, quand ce ne sont les organisations syndicales traditionnelles elles-mêmes qui nous traînent devant les tribunaux…

Quel type de Syndicalisme et nos tâches

Il est utile de rappeler que le syndicalisme que nous développons est un syndicalisme de proximité et qui se refuse à brader l’intérêt des salariés. Un syndicalisme conscient que les meilleures avancées s’obtiennent par la lutte et qu’il sera toujours temps de négocier avec les patrons pourvu qu’on ait construit préalablement, un rapport de force. La constitution du rapport de force, convaincre les salariés de se constituer en collectifs pour faire aboutir les revendications, voilà notre mission. Dit autrement, nous ne prenons pas acte d’une situation pour faire accepter aux salariés des mesures prétendues de « moindre mal » mais nous voulons disputer en pratique, les richesses produites par notre travail et immédiatement confisquées par le patronat. Cela ne nous empêche nullement de signer des accords, souvent après consultation auprès des salarié-e-s. En tenant ces deux facettes du syndicalisme, la revendication et la négociation, nous œuvrons pour l’efficacité dans l’action et la crédibilité auprès des salariés. Ce syndicalisme là, le nôtre, est reconnu par ces mêmes salarié-e-es et parfois il devient majoritaire dans les entreprises comme à Renault Trucks, à Bosch, ou à Thomson…

Le fonctionnement de Solidaires Industrie génère des tâches quotidiennes de coordination, de fédération et de diffusion de l’information. Sans parler du suivi de syndicats pour tel ou tel problème. Ces tâches pourraient occuper plusieurs militants quasiment au quotidien. Pour l’heure nous n’avons pas décidé et nous n’aurions d’ailleurs pas les moyens de le faire, de détacher des militants pour ces tâches. Aussi au nom de Solidaires Industrie, je veux signaler que nous n’aurions pas pu progresser autant dans le travail accompli sans le détachement à mi-temps d’un camarade du SNUI. Au sein de notre organisation, nous devons réfléchir à la pérennisation de ce temps militant. Si demain nous ne pouvions plus disposer d’une telle disponibilité et qui peut utiliser les moyens et la proximité offerts par Solidaires National comment fonctionnerons-nous ?

Nous n’aurions pas pu progresser non plus sans la participation, le soutien, la logistique des solidaires locaux, qui, sur place entretiennent et favorisent les contacts avec les syndicats nouvellement créés.

La question internationale

Sur la question internationale notre disponibilité militante est mesurée bien que cette dimension nous soit en quelque sorte imposée. Je veux parler des problèmes de délocalisations. Construire l’outil que nous voulons implique que nous consacrions à l’avenir plus d’efforts pour nouer des relations avec des organisations syndicales d’autres pays. La solidarité internationale doit être pour nous, un enjeu et une nécessité. Nous avons initié malgré tout des contacts avec la CGT Espagnole que nous saluons ici, et avec les ouvriers allemands de l’automobile, nous saluons ici leur représentant Willi Hajek.

Stratégie syndicale vérifiée sur le terrain

Au sein de Solidaires Industrie, nous ne faisons pas qu’élaborer de la propagande. Nous nous interrogeons sur la stratégie syndicale à adopter et la vérification de cette stratégie face aux problèmes sociaux comme l’emploi, les conditions de travail et le salaire. Emploi, conditions de travail, salaire c’est souvent dans cet ordre que la plupart des syndicalistes vont énoncer s’agissant des problèmes sociaux. L’ordre est important car implicitement cet ordre là minorise l’importance du salaire et donc la répartition des richesses. C’est oublier que le capitalisme a besoin de chômage pour maintenir une pression sur les salaires à la baisse. Les conditions de travail se dégradent certes et pour des raisons que je ne vais pas invoquer ici mais ce qu’il faut souligner c’est que souvent le salarié se retrouve seul face à sa hiérarchie. Alors il est important de comprendre que la priorité de notre action est de disputer encore et toujours la richesse et donc de se battre sur les salaires. Il y a un an, en pleine campagne électorale une lutte importante sur les salaires eut lieu à PSA Aulnay ; Solidaires Industrie via SUD PSA Aulnay, fut à la pointe de cette lutte. Cette lutte même si elle n’a pas abouti, a contribué à améliorer le rapport de force car elle a fait prendre conscience à beaucoup de salarié-e-s, jeunes pour la plupart, la force du « Tous ensemble ». Depuis, il y a eu d’autres luttes pour l’amélioration des rémunérations. A la SNECMA récemment, la Direction n’a pas cédé non plus, certes, mais là encore le moral des salariés s’est amélioré. Si bien qu’en pratique, de nouvelles franges parmi les salariés sont en train de saisir l’importance de se battre sur le terrain des salaires et par la mobilisation. Il est très important de saisir ce changement qualitatif. En même temps il faut bien comprendre que la victoire sur ce terrain parait difficile entreprise par entreprise. La solution est probablement dans une convergence avec d’autres secteurs d’activité. C’est pour cette raison que nous appelons, quand nous le pouvons, à soutenir d’autres luttes dans d’autres secteurs comme nous l’avons fait pour EADS, Airbus, défense des régimes spéciaux et des retraites.

Faire connaître Solidaires Industrie , contribuer à le faire progresser

La contribution des syndicats à Solidaires Industrie se matérialise par la diffusion régulière d’un journal. Cette régularité souffre parfois de quelques lenteurs mais elle est réelle. La participation à la rédaction est large et représentative de toutes les structures qui composent Solidaires Industrie. Ceci est extrêmement positif. En même temps la contribution des syndicats est trop subordonnée à leur activité propre dans l’entreprise. Ceci est légitime mais nous sommes devant la contradiction assez classique où le cumul des intérêts particuliers ne favorise pas l’intérêt général. L’intérêt général est que Solidaires Industrie soit autre chose. Solidaires Industrie de par sa capacité à coordonner, sa contribution dans la réflexion sur la stratégie syndicale, sa disponibilité au service de ses structures pourrait devenir un véritable instrument de lutte. Par exemple pourquoi ne serions nous pas capable dans le futur de lancer des campagnes dans les entreprises ; les sujets ne manquent pas (par exemple la question du stress au travail qui est désormais un thème récurrent) ? Si ça ne paraît pas possible alors posons la question autrement : serait-il utile de le faire ? Aussi il faut bien comprendre que notre progression ne peut être uniquement que par l’addition de structures. Solidaires Industrie parce qu’il saura développer des axes de revendications , clairs et crédibles deviendra progressivement une vitrine pour l’ensemble des salariés. Ici réside l’intérêt général : construire, malgré toutes les difficultés, un instrument fédérateur utile pour la lutte. Pour ce faire il est indispensable que l’ensemble des syndicats intègre cette réflexion. Quel syndicalisme voulons-nous développer ? S’agit-il d’un syndicalisme protestataire ? Confiné uniquement à l’entreprise ? Est-il possible de transformer la révolte qui guide notre engagement en éléments plus globaux ? Nous voulons fédérer car les combats limités au niveau du périmètre sont difficiles à gagner. Je n’ai pas dit qu’ils étaient inutiles simplement le niveau de lutte qui doit être atteint pour gagner dépasse souvent le cadre de l’entreprise. Et comme j’ai dit précédemment que nous voulions disputer les richesses nous voulons surtout que cette dispute tourne à notre avantage. C’est pour cette raison que j’appelle les syndicats qui composent Solidaires Industrie à discuter, en leur sein, de la place qu’ils peuvent occuper. Aujourd’hui Solidaires Industrie existe avec l’implication d’un cercle trop restreint de militants. Il est indispensable que l’implication des syndicats soit plus active.

Il existe aussi des syndicats isolés qui se réclament de Solidaires et qui n’ont pas décidé de rejoindre Solidaires Industrie. Quel temps perdu ! Certains syndicats refusent pour des raisons diverses l’unité dans une branche, pour certains, ils ont obtenu leur représentativité avec l’aide de Solidaires National, ils prélèvent des cotisations sur leurs adhérents et refusent d’en reverser une faible part au national et à la branche. Les exemples sont hélas multiples. Certains travaillent avec leur Solidaires local et c’est positif, d’autres n’ont aucun contact avec Solidaires et vivent une vie autonome, à caractère corporatiste. Dans l’avenir lorsque Solidaires obtiendra la représentativité nationale, celle ci ouvrira une représentativité par branche professionnelle ; il n’est pas d’autre voie. Pour autant, il n’est pas question, pour nous, de reconstruire un modèle confédéral, autoritaire, antidémocratique et hiérarchisé. Pour la plupart nous en sortons ! Mais l’autre danger est l’isolement et le corporatisme. C’est le lieu de rappeler, ici, qu’en anglais, le terme syndicats se dit « Union ».

L’immense majorité des salariés n’est pas syndiquée ; nous ne sommes que 2,5% de cotisants tous syndicats confondus dans la métallurgie en France ! Le paysage syndical est varié, trop sans aucun doute. Mais surtout il n’est pas uni. C’est cette division qui est notre talon d’Achille. Puisse ce congrès nous faire prendre conscience que ce qui nous divise est dérisoire en rapport à la volonté de lutte qui nous unit. C’est de notre union que dépendra notre capacité à peser sur le cours des choses. Il faut expliquer patiemment la nécessité de s’unir, la force des travailleurs quand ils s’entraident. C’est notre éthique, notre volonté et la raison même du syndicalisme.

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