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Pourquoi les grévistes de la faim contribuent-ils à briser le silence  ?

Il est temps qu’un véritable débat national s’ouvre 
sur l’avenir du secteur automobile

dimanche 27 octobre 2013

Par Annick Coupé, Porte-parole nationale de l’Union syndicale Solidaires, et Julien Gonthier, Secrétaire national de Solidaires Industrie

Tout irait mieux pour les salariés du secteur automobile cinq ans après la crise de 2008… Après les déclarations d’autosatisfaction du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, le silence médiatique sur la situation de l’emploi dans le secteur ferait presque croire que ce secteur est de nouveau en bonne santé  ! Pourtant, PSA va fermer le site d’Aulnay, malgré la longue grève menée par la CGT et SUD Solidaires, supprimer 8 000 emplois et mettre en place une mobilité forcée à Poissy. Un accord de compétitivité va être imposé à l’ensemble des salariés de Peugeot-Citroën, rebaptisé «  nouveau contrat social  », avec une aggravation de la flexibilité, une dégradation de l’organisation du travail et une baisse des droits des travailleurs. Il y a quelques mois, Renault avait pris les devants avec un accord de compétitivité interne signé par FO, la CFDT et la CGC, entraînant une mobilité forcée et, à la clé, plus de 7 500 suppressions de postes. Les salarié-e-s de la sous-traitance se voient imposer un recul grave de leurs acquis sociaux, et sont in fine les variables d’ajustement dans une course aux profits toujours plus grande. Les équipementiers, notamment du secteur du caoutchouc, suppriment également des milliers d’emplois, de Goodyear à Continental en passant par Michelin.

De toute évidence, cette recherche de compétitivité, se traduisant par faire mieux et plus avec moins de monde, va encore accentuer les dérives managériales bien connues des salarié-e-s du secteur automobile, où entre deux périodes de chômage partiel, ce sont les cadences infernales, la répression et l’arbitraire…

Trente ans après les lois Auroux, nous constatons que les pouvoirs publics restent sourds aux revendications de droits nouveaux pour les salarié-e-s, en particulier en matière de droit de veto des élus pour bloquer les licenciements économiques, et délaissent la classe ouvrière.

Au quotidien, les résistances individuelles et collectives sont pourtant là  : grèves, débrayages, absences, résistance aux pressions hiérarchiques et aux nouvelles méthodes d’organisation du travail de plus en plus sophistiquées. Ces résistances ne font pas la une des journaux télévisés mais sont bien le quotidien des salarié-e-s de l’automobile.

Des salariés de ce secteur choisissent la grève de la faim comme recours ultime. À Renault Douai, il a fallu qu’un salarié fasse une grève de la faim une semaine pour faire reconnaître l’injustice de son licenciement après que son supérieur hiérarchique l’a agressé physiquement. À PSA Poissy, sept militants du syndicat SUD ont engagé une grève de la faim contre la répression dont ils sont victimes au quotidien. Les motifs ne sont pas les mêmes mais, dans les deux cas, le harcèlement moral, l’injustice, l’organisation du travail dans l’automobile sont en cause. Après trois semaines de grève de la faim, la direction de PSA Poissy n’apporte aucune réponse  : les grévistes n’exigent pourtant qu’un peu de justice  ! Les sept grévistes tiennent bon parce que «  la rage nous nourrit  », disent-ils. Cette grève de la faim est l’expression d’un «  ras-le-bol  » après des mois de mépris. Ils ont décidé de ce mode d’action dans l’urgence  : syndicalistes, il leur était inconcevable de rester passifs face aux alertes des victimes et des représentants du personnel. Les dégradations des conditions de travail et les situations de harcèlement moral répétées ont d’ores et déjà des conséquences graves sur la santé des salariés (recrudescence du nombre d’accidents de travail, maladies professionnelles et arrêts de travail). Cette grève de la faim est aussi une action en réponse au rouleau compresseur de la direction de PSA et à ses méthodes. Les formes de harcèlement moral sont nombreuses à PSA Poissy (mise au placard, sanctions arbitraires, intimidations, vexations…), sans oublier la discrimination syndicale à l’égard des militants.

Les grévistes de la faim, par leur action, contribuent à casser le silence entourant la situation des entreprises du secteur automobile qui, comme beaucoup d’autres aujourd’hui, se rendent coupables de graves atteintes à la santé mentale et physique de leurs salariés. La répression ciblée sur quelques syndicalistes de SUD est la partie visible aujourd’hui de pratiques managériales généralisées à tous les salariés de PSA Poissy, instaurant une véritable gestion par la peur.

Les grévistes de la faim ont le soutien de leurs collègues  : le droit à l’expression syndicale est réclamé et doit s’affirmer, à PSA Poissy comme ailleurs. «  Si les collaborateurs étaient mécontents, on ne pourrait pas produire de voitures…  », répond le directeur des relations sociales de PSA. Le déni de réalité se poursuit de la part de la direction. Ces grèves de la faim doivent être soutenues pour ce qu’elles représentent  : si elles ne peuvent se substituer aux autres formes d’actions collectives, c’est un véritable signal d’alarme qui est tiré dans ce secteur.

Il est temps qu’un véritable débat national s’ouvre sur l’avenir du secteur automobile, des conditions de travail à sa finalité, mais aussi sur la question du partage des richesses et de la fin de la course au profit maximal, pour le bien des actionnaires au détriment des salariés du secteur  !

 


Annick Coupé, Julien Gonthier

Une tribune publiée pour le secteur automobile par Solidaires industrie dans le journal l’humanité, vendredi 25 novembre.

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