Déclaration du syndicat Sud Renault
Réunion du 13/12/07 en présence de M. Xavier BERTRAND, Ministre du Travail
Monsieur Le Ministre,
Vous avez dit que « l’organisation du travail doit rester entre les mains du chef d’entreprise ». Nous vous répondons qu’il faut que le Code du travail qui constitue l’encadrement des entreprises et de leurs salariés, ne quitte pas celles du législateur qui sont les vôtres.
Car si l’on veut mieux prévenir ce sujet gravissime qu’est le suicide lié au travail, nous devons sortir du cadre fortuit et compatissant qu’on nous propose d’emblée pour accepter l’existence du lien entre l’intensification du travail et la souffrance ou la mort au travail.
Cette intensification accompagnée du dépassement systématique du temps de travail est, avec le manque de reconnaissance, le moteur principal de la destruction individuelle pour certains. La source tient essentiellement à la logique structurelle d’organisation du travail en tension mise en place par les entreprises.
Chez RENAULT, ces dégâts psychiques ne sont pas uniquement dénoncés par les syndicats.
En complément des avis des sociologues ou des médecins, 3 rapports majeurs sont venus souligner les mêmes maux sur notre établissement :
Celui que l’Inspecteur du travail a adressé à Monsieur le Procureur de la
République, pointant l’organisation de travail comme lien entre les
suicides,
Le classement par la CPAM de 2 cas en accidents du travail, revenant là
encore malgré les recours, à la responsabilité de l’employeur,
L’enquête commandée par le CHSCT au cabinet d’expertise
TECHNOLOGIA agréé par votre ministère, concluant au chiffre accablant
de 31% de salariés identifiés en situation de sur stress, soit 3 fois plus
que la population française. A cette enquête, il faut souligner que les
cadres dirigeants sont sortis de leur réserve pour dénoncer eux-mêmes
leurs larges dépassements d’horaires et la pression des objectifs.
TRAVAILLER PLUS. Les salariés du TECHNOCENTRE n’ont pas attendu la déclaration présidentielle pour le vivre. Et bien que notre pays affiche constitutionnellement les droits à la vie, à la santé et à la dignité comme faisant partie de ses fondamentaux, nous assistons depuis quelques années à une altération de la santé au travail, une dégradation liée au fait que le travail soit systématiquement ramené à un coût économique et social.
Stress, troubles psychologiques, dépressions nerveuses et suicides sont aujourd’hui recensés en nette voie d’augmentation.
Pour encadrer pleinement ce sujet, le syndicat SUD RENAULT vous propose trois pistes essentielles :
La législation : respecter les règles du code du travail concernant
l’obligation de sécurité des employeurs et ne pas engager de
déréglementation du temps du travail,
La prévention : réunir la collaboration de la Direction de l’animation des
Etudes Recherches et Statistiques (DARES) de votre ministère à celle de
la CNAM qui comptabilise dans ses statistiques officielles plus de
700000 accidents du travail par an, afin d’établir l’enquête principale
sur les causes et effets et d’en alerter tous les acteurs dans les
entreprises,
La réparation : prendre en compte au titre de la maladie professionnelle,
les préjudices subits par les salariés et leurs familles, en reconnaissant
les risques de l’intensification du travail. Le débat sur la pénibilité du
travail doit dépasser les critères physiques pour y inclure notamment le
stress.
Il vous appartient, Monsieur Le Ministre, d’ouvrir le chantier de la pénibilité en incluant ces éléments déterminants pour les futures conditions de travail des salarié(e)s.
